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Le diabète, c’est comme ça…

Je m’appelle Linda, j’ai vingt-six ans et ma maladie s’appelle le « diabète ». Je suis diabétique insulinodépendante depuis le 4 mai 2005. « Ma vie s’est arrêtée ».

L’histoire se situe 2 ans après la découverte du diabète. Après une tentative de suicide avec sa pompe à insuline, Linda, mariée, mère d’un jeune enfant, nous raconte en trois parties, une tranche de sa vie : une première hospitalisation d’une semaine en hôpital psychiatrique pour y voir plus clair dans les raisons de sa dépression, le retour chez elle, avec sa famille et ses amis (deuxième partie) et enfin, une hospitalisation de 3 semaines pour que « l’on s’occupe également de mon diabète et pas uniquement de mon mal-être ».

Est-ce une référence à la chanson de son homonyme Lynda (Lemay) ? L’auteure reprend comme une rengaine l’expression « C’est comme ça ». Pas moins de 34 fois en 120 pages. Je me garderai bien d’en interpréter la signification, qui sonne comme du fatalisme, de l’acceptation, on n’est jamais vraiment sûr.

Ce livre très sombre décrit une relation très conflictuelle avec le diabète, qui n’a aucune place dans le cours de la vie de l’auteure, entre son travail, son rôle d’épouse, de mère, d’amie, de sœur… Très entourée « parfois trop des fois » par sa famille, des ami(e)s proches, sincères… elle n’arrive pas à s’en sortir. Son fils, l’écriture, le Docteur J, au moins trois soutiens pour tenir.

Long cri de colère, de refus, de rejet de ce diabète, le livre est émaillé de cette souffrance, qui se cristallise dans des hypoglycémies régulières et spectaculaires et des envies de sucré irrépressibles.

Je retiens trois thèmes de ce témoignage :

  • La relation difficile avec le diabète 

Oui, je suis dans un hôpital psychiatrique, eh oui, moi aussi, je hurle et je crie, mais de l’intérieur. (…) Je n’ai rien demandé, je veux simplement être comme tout le monde. Je n’accepte pas ce que la maladie a fait de moi. C’est trop pour moi, je n’ai plus envie de vivre. J’aimerais mourir et même, pour être plus précise, je veux mourir.

(…) j’ai toujours tout géré dans ma vie, mes relations, ma profession, mes amours, mes dépenses, mais la  maladie est ingérable, elle prend le contrôle sur ma vie et je ne le tolère pas.

Cela ne fait que deux ans que je la subis et pourtant j’ai l’impression que cela fait une éternité. Cette maladie me fait souffrir tant physiquement que psychiquement. Le quotidien est si difficile ces derniers temps, je suis perdue, ma vie d’avant me manque, c’est-à-dire sans les hospitalisations, les rdv diabeto mais la vie de demain m’effraie, c’est comme ça…

  • Des relations compliquées avec les professionnels de santé

Le Docteur J, psychiatre a priori, est adulé ; une relation très proche se noue entre ce médecin et sa malade, qui lui voue une confiance aveugle, ce qui je pense, la sauve.

La relation avec le Professeur S, diabétologue est difficile, elle lui écrit une lettre en cours d’hospitalisation à laquelle il ne répond pas. Elle lui reproche sa suspicion à son égard, le fait qu’il la considère « un diabétique de type 1 » et pas comme « Linda ». Leur relation évolue pourtant et ils arrivent à discuter « comme deux adultes ».

Mais aussi :

Je ne pleure pas, pas maintenant, et surtout pas devant les blouses blanches. C’est toujours difficile pour moi de me livrer, de faire confiance au personnel hospitalier.

  • La particularité de son diabète, selon l’auteure

Le diabète est par définition instable, la glycémie étant par nature variable. A la lecture du livre, il est difficile de déterminer la part de sa propre « responsabilité » dans l’instabilité de son diabète : « Mon sommeil est très souvent perturbé, je suis exténuée et mes excès alimentaires sont omniprésents. Je ne suis pas mon traitement correctement ; ne pas m’injecter d’insuline ne fait plus peur… ». Le développement d’une néphropathie seulement deux ans après le début du diabète démontre certainement le caractère instable de ce diabète.
Il n’existe pas, a priori, d’évaluation consensuelle établie du diabète instable. L’auteure indique, sans citer sa source, qu’ils sont quelques personnes sur des milliers. Quoi qu’il en soit, il est une dure réalité du point de vue de celui/celle qui le vit, sa qualité de vie est manifestement dégradée.

 

Points faibles du livre
Du fait de son côté noir, à ne pas lire quand on est déprimé…

Points forts du livre
Style très fluide, très profond, poignant et franc : c’est du vécu, cela est certain
Quelques lumières dans l’obscurité racontée : les moments avec son fils, l’amitié partagée…
Apporte une contribution particulière sur le rejet épidermique de la maladie : non, ce n’est pas simple « d’accepter » le diabète !

Mon point de vue
J’aimerais bien connaître la quatrième partie. Où en est aujourd’hui Linda Charles ? Son livre lui a-t-il permis d’avancer dans sa relation chaotique avec le diabète ? A-t-elle été greffée, comme il est question à la fin du livre ? J’espère de tout cœur qu’elle va bien !


Journée mondiale de Prévention du Suicide, ce mercredi 10 septembre – Thème : « Un monde connecté »:

– Premier rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé sur la prévention du suicide. L’OMS appelle à une action coordonnée pour réduire le nombre de suicides dans le monde. Plus de 800 000 personnes meurent chaque année de suicide, soit une toutes les 40 secondes. Site de l’OMS

– Pour connaître les manifestations en France et en Europe pour cette Journée mondiale : ici


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A propos de Littérature et Santé

Ce blog partage avec vous, essentiellement à partir de livres, des réflexions sur les patients, les professions de santé et le numérique.

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4 comments on “Le diabète, c’est comme ça…

  1. 18 septembre 2014 à 2 h 13 min

    Ce point de vue m’a fait penser à une autre chanson

    • 18 septembre 2014 à 8 h 30 min

      Ah oui, laquelle ?

  2. 6 novembre 2014 à 10 h 25 min

    Je devrais sans doute le relire, mais j’avais trouvé le ton triste et un peu déprimant, à l’opposé de ma manière de vivre. Je me demande aussi comment Linda le vit maintenant et comment elle interpréterait son livre, si c’est une étape franchie.

    • 8 novembre 2014 à 11 h 21 min

      C’est un livre poignant, c’est sûr.
      Je vais finir le Challenge de livres diabète la semaine prochaine, pour le 14 novembre !

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